JOSSE LE SEIGNEUR

C’est avec un peu d’appréhension que je me présente au portail. Chaque créateur a, en effet, le pouvoir fatal de vous jeter, par un sourire, face à l’ivresse ou le désespoir de votre propre inculture. Point la peine de connaître l’anthroponyme pour découvrir que le nom Josse est la forme populaire de l’origine bretonne Jodocus. Saint Josse, fils du roi breton Judicael, contemporain de Dagobert, est basé sur la racine celtique « jud » signifiant « combattant, chef et seigneur ». Sa forme anglaise est Joyce, un signe pour le Seigneur des Arnault et sa future marque du supra luxe, Jean Patou.

Les plus belles choses du monde ne peuvent ni être touchées ni même parfois être vues, et doivent seulement être ressenties avec le cœur, mais la première chose que j’ai vu en poussant cette porte de la rive gauche, c’est une petite table d’architecte dite “à la Tronchin” et de ce style directoire de toute beauté, cela indiquait le subtil raffinement d’une décoration maîtrisée, posée sur un parquet Versailles en pointe de Hongrie. C’est une petite mélodie qui crée le beau, celle qui, comme si les nuages qui se rassemblent, sont repoussés d’un coup d’aiguille pour vous donner une sensation au point de défaillir, comme un soleil qui caresse les feuillages d’automne avant de s’enfoncer dans l’horizon tout en illuminant celui-ci de son talent.

Je ne sais pas pourquoi, mais quand je vois ce grand corps svelte me dépasser d’une tête, je pense à Yves. Il m’inspire et me fascine. Ses créations m’émeuvent depuis la première fois où il avait transformé ma peau en centrale thermique en lieu et place du mont Uluru. C’est la seule collection où tout Paris se bat pour y assister, et que je ne manquerai pour rien au monde, car je veux apercevoir les messages cachés de sa poésie couture.

Christophe est, comme son travail, le chuchotement du féminin originel où la chronique de la dernière incarnation sur terre. Comme un Vermeer que l’on peut admirer des heures entières pour habituer votre œil aux milliers de détails. Un refuge dans son monde extratemporel pour échapper aux turpitudes d’un monde toujours plus en déliquescence. Un diamant brut tellement humain dans un monde si inhumain, un grand corps en vie, de sensation et de délicatesse, un couturier de l’émotion comme là où autrefois chez Torrente, presqu’en famille, il était le phénix de la marque. Les hommes ont toujours tort de juger d’un tout dont ils ne connaissent que la plus petite partie, et je ne fais pas exception, je le confesse. Merci, Monsieur, pour ces deux heures d’échanges qui ont fait de moi le roi du monde.

Anonymode

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