DANDY DE MODE

C’est une histoire de mode : Jacques de Bascher et Xavier de Castella recevaient leurs invités en tenue d’escrimeur – le dîner en blanc avant l’heure – le visage caché sous un masque d’escrime de (lèse majesté). A côté d’eux, un inquiétant musclor inconnu, vêtu de cuir, le visage recouvert d’une cagoule cloutée. Plus tard dans la soirée, une soumission sera infligée sur la scène, un numéro d’esclave sexuel semblable à ceux que de Bascher avaient découvert dans des bars gays de New York.

Dans l’histoire des nuits parisiennes où ce jeune homme chic au visage d’ange va fasciner les soirées de Paname. Cocaïne, robes Haute Couture et champagne coulant à flots, c’est sans doute les fêtes les plus réussies des années 80.

Au petit matin, le Rimmel avait coulé comme le Titania, les vêtements étaient ébouriffés comme les plumes de la Maison Lemarié après un long voyage, les Rolls – intérieurs cuir – attendaient rue de Rivoli. Rolls et cuir, noblesse et caniveau : tous les paradoxes de Jacques de Bascher concentrés en un seul homme.

On a souvent dit de Jacques de Bascher qu’il était un peu douteux. Douteux parce que dangereux dans sa façon de rendre attirantes des choses noires, d’aimer la littérature de fin de siècle, et d’avoir un goût immodéré pour la poussière d’ange. Douteux parce que double et la perfection de ses traits, cette gueule d’ange pouvait mettre en émoi son milieu de prédilection la mode.

Parmi les tonnes de photos des années Palace, il n’apparaît pas. Il n’est pas au premier rang des albums, il est nulle part, ce qui est troublant pour quelqu’un que l’on décrit comme un mondain professionnel.

Ce Dandy entre Lagerfeld et Saint Laurent a été simultanément amoureux de l’un et de l’autre. Il n’est pas un personnage secondaire puisqu’il inspire Karl et Yves. Il est le coeur des ces nuits parisiennes endiablées, ce qui permet aux deux couturiers de lâcher prise pour mieux renaître au petit matin.

Mince d’allure, la peau pâle, portant une fine moustache, des yeux vert-de-gris teintés de mélancolie, habillé comme un prince Viscontien, de Bascher avait hérité d’une beauté insolente. Toutefois, son magnétisme ne se résumait pas à sa seule élégance, sa culture faisait aussi son charisme ainsi que son goût du rare. Enfin, sa façon de parler par mots précieux n’avait pas d’équivalent dans Paris et c’est ce qui le rendait unique. On ne peut s’en faire une idée sans l’avoir connu.

La fascination amoureuse de Lagerfeld pour de Bascher reposait sur une admiration de classe pour une culture française noble. Lagerfeld a eu pour Jacques une passion française. Le “gigolo”, comme le surnommaient ceux qui le haïssaient, ou Jacques Le Cruel, possédait aux yeux de Karl la noblesse d’un châtelain.

Il meurt le 3 septembre 1989. Il avait demandé à être incinéré avec Michka, son ours en peluche. Il meurt comme un enfant qui a peur d’être seul. Il était comme un Gilles de Rais moderne cachant en lui le Petit Prince. Notre société d’aujourd’hui aseptisé par son système ne permettra plus ces fêtes politiquement incorrectes, qui étaient là surtout pour expérimenter, mais qui étaient aussi des catalyseurs pour la création.

Anonymode

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